Sebastien Tellier

Vendredi 8 mars, Marseille. Le Cabaret Aléatoire acceuille Sébastien Tellier, l'homme qui vient de faire le couverture des magazines Tecknikart, Trax et les Inrock. A l'appel des media indépendants ne manqueait plus que Dynam'hit, LA webradio éclectique et dynamique. Mais comment convaincre l'ami Sébastien qu'il se devait de nous accorder à nous aussi une interview? Après avoir suivi plusieurs pistes infructueuses (attaché de presse injoignable, direction du Cabaret overbooké), on décide d'y aller à l'esbrouffe. Soit: se jeter sur notre homme avant qu'il n'accède aux loges, toutes griffes et magnétophone dehors. Et là, miracle, Sébastien Tellier nous lance : "Rendez-vous après le concert, mot de passe : Chavrou"(sic). Un sens de l'humour au delà de nos espérances...

L'interview...

Dynam’hit : Qu’as-tu pensé du concert et de l’ambiance ici à Marseille ?
Sebastien Tellier : C’était très bien, j’ai l’impression de devenir enfin un artiste pop alors qu’avant j’étais toujours considéré comme un artiste intellectuel. Pourtant je ne suis pas du tout un intellectuel, parce que je fais de la musique avec mon cœur tout simplement. Devenir pop ça me fait vraiment plaisir, ça y est, je ne suis plus un artiste pour gens trendy. C’est finit tout ça.
D : Comment vis-tu cette période, la sortie de l’album, les couv’ de magazines, le succès… ?
ST : Je le vis très bien (il rit). C’est formidable, maintenant pendant les concerts les gens chantent avec moi, tapent dans leurs mains, alors qu’avant ça n’était pas du tout le cas, le public était beaucoup plus réservé. Faire des couvertures de magazine ça me plaît énormément, j’essaie de devenir populaire pour pouvoir m’acheter une montagne et vivre dessus.
D : Ton album Sexuality a parfois un côté kitsch, on y trouve des références un peu porno années 80, bientôt tu vas représenter la France à l’Eurovision qui est un monument du kitsch télévisuel… Quel est ton rapport au kitsch ?
ST : C’est une esthétique que j’aime beaucoup car je pense que pour construire de grandes choses il faut s’appuyer sur des choses médiocres, par exemple si tu veux écrire un bouquin à la Proust ça ne sert à rien de lire du Proust parce que tu ne feras qu’une imitation de Proust. Pour produire de grandes choses on doit s’appuyer sur des choses insignifiantes ou kitsch, des choses qui normalement n’ont pas le respect des gens. Pour écrire Thriller, Mickaël Jackson s’est appuyé sur les films d’horreur qui n’étaient pas du tout considérés et il a fait le plus grand album de tout les temps.
D : Il y a beaucoup de choses très intimes dans cet album - la voix de ta copine pendant que vous faites l’amour dans les morceaux Pomme et Kilometer, des références à ta première fois dans le titre Biarritz,… Pourquoi as-tu eu cette démarche d’inclure des choses si personnelles dans ce disque ?
ST : Je choisis toujours de traiter des sujets que je qualifierais d’universels, tout en faisant un disque personnel. Effectivement je m’appuie sur ma vrai vie, c’est ça le trip: prendre un sujet global et en faire un album ultra-personnel. Parce qu’essayer de faire un disque personnel en parlant de sa chambre de bonne ça ne sert à rien.
D : Tu penses à Vincent Delerm là ?
ST : Ouais.
D : Comment te positionnes-tu par rapport à la French Touch ? Politics était produit avec Cassius, pour Sexuality tu as collaboré avec Guy-Manuel de Homem-Christo des Daft Punk, la presse t’inclut souvent dans ce courant… Quel est ta place là dedans ?
ST : Maintenant que Guy-Man a produit mon album on pourrait considérer que je suis définitivement entré dedans, mais moi je ne me suis jamais considéré comme appartenant à la French Touch. Lorsque la French Touch produisait des choses à base de gros son « win » et que c’était au top, moi je faisais des disques beaucoup plus sombres. Et aujourd’hui la French Touch essaie de s’acheter une crédibilité pendant que je fais de la musique superficielle.
D :On peut considérer que l’énorme buzz autour de ton album Sexuality n’est pas uniquement dû à sa qualité mais que le thème a également joué.Le sexe plaît... Quelle est ta vision de la place du sexe dans l’imaginaire et la vie des gens ?
ST :Je pense que la vie est tellement triste qu’il faut bien se trouver des amusements et finalement le sexe c’est l’amusement le plus facile d’accès, c’est le plus jouissif. Moi maintenant j’ai décidé que toute ma vie tournerait autour du sexe.
D :: Vaste programme…
ST : Oui ! Pour moi le sexe est sans limite, inépuisable. Et surtout, contrairement à ce qu’on pense, c’est vraiment le monde de la tendresse, de la gentillesse, de la douceur et c’est ça qui est important.
D : Qu’est-ce que tu aimes en matière de musique en ce moment ?
ST : J’adore le R n’B américain, j’adore Pharell, Timbaland, Snoop Doggy Dog… Ce sont eux mes idoles d’aujourd’hui.
D : D’ailleurs ce sont des artistes qui on côté un peu démesuré, kitsch voire cheasy…
ST : C’est vraiment bon le cheasy, moi j’adore ça !
D : Tu parlais dans une interview à Trax d’un concert en Allemagne où des filles sont montées sur scène pour se frotter à toi, ce soir il y avait pas mal de fans en transe… Comment vis-tu la fin de l’underground pour toi? On dirait que c’est ce qui te plaît le plus en ce moment…
ST : Complètement, j’ai assez mal vécu le statut de chanteur intellectuel et underground. Contrairement à ce que l’on croit, l’underground n’est pas du tout le monde de la liberté, au contraire. C’est un monde plein de codes où les gens s’observent et se jugent, alors que le monde de la pop est finalement beaucoup plus libre, les gens écoutent de la musique mais pas pour juger, juste pour prendre du plaisir.
D : Il y a donc un petit côté Kylie Minogue chez toi …
ST : Oui on peut dire ça !
D : Musicalement, vers quoi penses-tu évoluer dans l’avenir ? Plus de pop ?
ST : Ca je ne sais pas, je n’y ai pas encore pensé, c’est compliqué. Pour l’instant je profite simplement.
D : On arrête avec les questions sérieuses. Tu es plutôt slips ou caleçons ?
ST : Caleçons, mais uniquement siglé Armani.
D : La liberté mais avec classe quand même...
ST : Voilà !
D : C’est quoi ton truc avec les lunettes? On te voit beaucoup avec des paires en plastique à la Kennie West,ou encore avec des lunettes de paint-ball.
ST : En fait j’essaye d’incarner ma musique avec mon physique: les cheveux longs pour le côté féminin, la barbe pour le côté mystérieux et les lunettes pour le côté sophistiqué.

Epilogue : J’ai rencontré Sébastien Tellier et pour la photo il m’a prise dans ses bras. Après je ne sais plus, je me suis évanouie.