Jacques Attali

Bilan de la rencontre publique avec les membres de la commission « 300 idées pour libérer la croissance française», le 21 Avril 2008 au palais de la bourse de Marseille.

Intervenants : Jacques Attali (Président de la commission), Jihade Belmari (membre de la commission), Boris Cyrulink (membre de la commission), Josseline de Clausade, membre du conseil d’état (rapporteur de la commission)

Lundi 21 Avril, Dynam’hit est invité par M. Belletante, directeur d’Euromed Marseille à assister à une réunion publique afin de mieux comprendre les enjeux et les objectifs de la commission sur la croissance présidée par Jacques Attali.

Petit rappel des faits. En 2007, Le président de la république Nicolas Sarkozy confie à Jacques Attali la présidence d’une commission ayant pour but de rédiger un rapport fournissant des recommandations et des propositions afin de relancer la croissance économique de la France. Attali accepte sous certaines conditions :

  1. Choix libre des membres de la commission
  2. Durée libre du mandat de la commission, soit avoir le plus de temps possible pour trouver des solutions efficaces et construire un véritable plan de réformes cohérent, et non un simple « pot pourri d’idées »)
  3. Commission totalement apolitique

 

Cette commission, composée de 43 personnes, a eu pour objectif de ‘’chercher ce qui marche dans les pays voisins, pour éviter le déclin de la France’’, selon les propres mots de Jacques Attali.

Le débat est introduit par M. Jacques Pfister, président de la CCI Marseille Provence, qui, dès le  départ a souligné l’engagement de la CCI dans la réforme nécessaire des politique publiques. ‘’Nous sommes candidats en PACA à être le fer de lance de la réforme des CCI. Nous l’appliquons déjà à nous-mêmes et nous proposerons lors de notre prochaine assemblée plénière la baisse de 1% de la TATP (taxes perçus par la CCI, ndlr)’’. M. Pfister a ensuite axé son discours sur la candidature de Marseille comme capitale européenne de la culture en 2013, en proposant de l’insérer dans le rapport comme ‘’317ème proposition’’, laissant la parole à Jacques Attali sur une touche d’humour.

Pour ‘’remettre la France sur la voie de la croissance’’, Jacques Attali articule ses 316 idées autour de 3 axes majeurs :

  1. La recherche des talents : conservation mais également développement des potentiels, depuis la maternelle jusqu’au niveau de la recherche, en mettant l’accent sur les potentiels des quartiers et cités.
  2. La mobilité (sociale, géographique, compétitive, professionnelle, et internationale).
  3. La gouvernance : réduction des dépenses (dette trop handicapante), réductions du nombre d’institutions à tous les niveaux (économiques et administratives). ‘’Il y a 7 niveaux administratifs (de l’état jusqu’à l’arrondissement ndlr) en France alors que les autres pays occidentaux en comptent 3 en moyenne’’ remarque Jacques Attali. ‘’Ceci ralentit les démarches et ne permet pas l’efficacité et la réactivité nécessaire’’.

Toute les réflexions ont été menées avec la volonté et la condition de préserver une justice sociale, avec l’idée qu’on ne pas de faire des sacrifices, notamment pour le splus démunis, sans leur apporter des garanties. Dans le cas du besoin de flexibilité voulue par le nouveau contrat de travail, la contrepartie est constituée par un revenu de formation qui sera alloué à chaque salarié souhaitant se former.

Suite à cette présentation globale, Jacques Attali annonce que ‘’80 des 316 préconisations faites dans le rapport sont ou vont être appliqués dans les textes officiels’’. Dans les prochains mois, d’autres mesures devraient faire partie des prochains textes de lois, portant ainsi le nombre à 150 sur 316.

M. Attali insiste cependant sur le fait que ce rapport n’est pas un ‘’catalogue de bonnes idées » mais bel et bien un plan cohérent de relance de la croissance, à considérer dans sa globalité, et où chaque mesure a des effets compensés par d’autres. Il a d’ailleurs rappelé sa crainte d’une récupération politique du rapport, où les élus de la majorité choisiraient les propositions les plus libérales.

Viennent ensuite les questions du public, avec des éclaircissements sur certaines mesures du rapport. En vrac, les taxis, la grande distribution, le pouvoir d’achat, la réforme des institutions, l’écologie, la réforme de la PAC, la crise financière mondiale, la frénésie législative, l’éducation, les professions réglementées….

Point relativement tendu à Marseille, la réforme des licences des taxis a du être défendue par les membres de la commission devant le président et vice président de la fédération des taxis marseillais. Même si cette réforme s’inscrit effectivement dans une volonté de déréglementer les activités et secteurs protégés par des privilèges, l’impact sur le niveau de vie des propriétaires de licences de taxis doit être grandement relativisé : la diffusion de licences gratuites, recommandée par la commission, s’applique uniquement à des licences non-cessibles, limitant la baisse du prix des licences cessible existantes. Madame De Clausade a également rappelé qu’il existe des leviers de croissance pour l’activité, si l’on s’insprire de ce qu’y fait dans d’autres pays européens, comme le montre le concept du taxi collectif, inexistant en France.

Au travers de ces questions, Jacques Attali a précisé son ambition personnelle pour la place de la France dans le monde et en Europe. Premier constat : la France dort et ne s’adapte pas à un environnement économique de plus en plus complexe. Marseille est pris en exemple : ‘’La ville a été un des dix premiers ports du monde, et premier port d’Europe, et aujourd’hui, 1/3 du commerce mondial transite par la méditerranée, elle s’approche de la 90ème place du classement des ports mondiaux. Aussi Marseille est pour lui la métaphore d’un pays qui a pour formidable chance sa situation géographique et qui est menacé par un déclin rapide s’il ne se ressaisit pas.

‘Nous avons l’ambition pour Paris d’en faire la première place financière et le premier aéroport d’Europe’’ avance Jacques Attali, afin que la France reste un acteur incontournable de l’économie mondiale lors des prochaines décennies.

Dans l’optique d’une vision durable de l’économie, la commission propose de créer avant 2012 dix Ecopolis en France. Ce sont des villes d’au moins 50.000 habitants, combinant un haut niveau de qualité environnementale et des nouvelles technologies de communication, s’inscrivant dans le cadre d’une mixité sociale.

La soirée se termine sur une question concernant l’avenir de la zone économique « euroméditerranéenne », qui nous est bien sûr cher. Pour Attali, une telle union est pour l’instant une utopie, nécessitant des conditions préalables très difficilement réalisable : la création d’un marché commun au Maghreb, des ressources financière propre à cette zone, et enfin des alliances plus fortes entre les principales villes de la zone. Il ajoute d’ailleurs qu’une ressource disponible pour cette zone pourrait provenir de la taxation de la circulation des bateaux sur la méditerranée, un peu à l’image de la taxe sur le transport aérien.

Devant un public conquis, Jacques Attali, se lève pour sa dernière intervention et précise que ‘’tout ce qui n’aura pas été mis en œuvre avant Juillet 2008 ne pourra plus l’être’’. En effet, à partir de cet été, la France prend les rennes de la présidence de L’UE pour 6 mois, limitant les ressources en temps et en hommes pour réformer. A la suite de cette période, les hommes politiques entreront de nouveau en période électorale, rendant impossible la mise en place de réformes importantes.