The Greatest Story Never Told, c’est un peu l’histoire sans fin réadaptée à la sauce Rap US. Annoncé depuis six ans, prévu à l’origine pour sortir sur le label Atlantic Records puis annulé en 2007 pour enfin être officiellement reconfirmé en 2008, c’est un vrai chemin de croix qu’aura vécu cet album avant de pouvoir atterrir dans les bacs.
Il faut dire que l’ascension de Saigon aura été particulièrement brusque. Originaire de Brooklyn, NYC, il accède à la notoriété en 2005 grâce à la série Entourage, qui lui offre l’occasion de jouer son propre rôle de rappeur désœuvré sur une chaîne nationale. C’est à partir de ce moment-là que les rumeurs d’un premier album commencent à fleurir. Très vite, on apprend que la quasi-totalité de la production (au final, 16 titres sur 18) sera confiée à Just Blaze, ce qui ne fait qu’accroitre le buzz. Patience étant mère des vertus, il aura donc fallu attendre le 15 Février 2011 pour admirer le travail final.
Plus qu’une histoire, c’est une fable que tisse Saigon tout au long des 18 morceaux de l’album. Une fable sur sa vie, notamment à travers les antagonistes Enemies et Friends, et les revanchards Bring Me Down et Promise. Une fable, également, sur les contradictions de la société américaine actuelle : description du système pénitentiaire (The Invitation), critique du business religieux (Preacher), les provocations de Saigon sonnent souvent juste. Sans concession, il affirme : « I don’t be believing in all this voting shit ».
The Greatest Story Never Told est pourtant loin d’être un album sombre. Just Blaze nous prouve qu’il n’a définitivement pas d’équivalent à l’heure actuelle lorsqu’il s’agit d’élaborer des productions Hip-Hop aux sonorités Rock, et son travail ici n’est pas sans rappeler ses meilleures œuvres pour Jay-Z. Hova lui-même fait son apparition sur Come On Baby, sans conteste le morceau le plus efficace de l’album. Les collaborations figurent d’ailleurs l’une des plus grandes réussites de l’album, accumulation de grands noms comme Q-Tip, Bun B, Black Thought (des Roots)…
Concentré de sincérité, bardé de productions magistrales, le premier album de Saigon n’est pas seulement une histoire ; c’est surtout une leçon.