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5 avril 2012

Kourosh Yaghmaei, un trésor iranien redécouvert

par  Julie G.

Iran, courant des années 70 : Mohammad Reza Shah, le dernier Shah d’Iran, modernise l’industrie et la société grâce aux revenus du pétrole et à son programme de réforme : la Révolution Blanche. Son régime autocratique et dictatorial fondé sur l’appui américain a tout l’air de s’enraciner solidement dans l’histoire iranienne. En Occident, on ne peut s’empêcher de voir cette émergence comme un retour moderne de la richesse culturelle perse. Mais une fracture apparaît dans la société en plein milieu de cette période de prospérité. Les pauvres et les paysans iraniens ne suivent plus ces réformes accélérées, et deviennent irrités de voir les richesses étalées de la haute société iranienne, comme lors des cérémonies de célébration des 2500 ans de Persépolis en 1971 (capitale de l’empire perse achéménide). Après des mois de protestations populaires et de manifestations contre son régime, le Shah quitte l’Iran, en 1979. C’est à ce moment là que l’ayatollah Khomeiny revient dans son pays natal, après 15 ans d’exil, et fait figure d’ordre au milieu des débats idéologiques qui foisonnent à propos de l’avenir de l’Iran. Le 1er avril 1979, certainement la plaisanterie la moins drôle, ou du moins la plus sérieuse de l’histoire iranienne, Khomeiny devient le guide suprême de la nouvelle république islamique et instaure un « ordre culturel » rythmé par la censure, les purges, bannissements et exils forcés.

Non non, ce n’est pas une disserte d’histoire. C’est un contexte qui a marqué et transformé la vie de milliers d’iraniens, dont le chanteur Kourosh Yaghmaei. Un contexte qui a poursuivi la société iranienne jusqu’à aujourd’hui.

Kourosh Yaghmaei, c’était une véritable rockstar en Iran dans le courant des années 70. Influencé par le rock psychédélique occidental, sa musique est aussi largement héritière des traditions persanes (la légende veut que son premier instrument de musique, avant la guitare électrique, fut un santour ).
Kourosh Yaghmaei commence la guitare vers 15 ans. Sans jamais prendre de cours de musique, il découvre cet instrument et forme ses propres mélodies. Alors qu’il étudie à l’Université des Sciences Sociales de Téhéran, il rencontre Mahdi Akhavan Langeroudi, qui est maintenant un célèbre poète en Iran. Celui-ci lui écrira le texte de son premier single, Gol-e-Yakh. Cette chanson d’amour, sortie en 1974, aura un succès incroyable, Kourosh Yaghmaei deviendra le précurseur du rock en Iran.



Pas facile de trouver des infos sur Kourosh Yaghmaei… Je pourrais juste vous dire que sa musique a été censurée pendant 17 ans après la révolution culturelle de 1979, qu’après cela, il a écrit des livres pour enfants, que ce monsieur est encore en vie, qu’il devait venir aux Transmusicales en 2011 pour son tout premier concert à l’étranger, que cela a été malheureusement annulé.

Oublions un moment tous ces aspects factuels. Ecoutons sa musique, nous verrons qu’elle peut faire voler en éclat toutes les barrières stupides que certains soit disant guidés par l’action juste peuvent lui mettre. Voyez cela avec Hadjme Khali :



Observons un peu combien la puissance d’Ashiooneh dépasse n’importe quelle interdiction :



Voyons comment Khaar, plus douce, pourrait réduire toute velléité à néant :



Est-ce que vous aussi, en écoutant Yaghmaei, vous avez ressenti une douce chaleur, celle du soleil iranien ? Est-ce que vous avez humé les épices qui flottent dans l’air des ruelles de Téhéran ? Est-ce que vous avez vu la couleur du sable, là-bas, derrière les immeubles de cette ville qui se jette dans le désert ? *


C’est certainement ce qu’ont du ressentir les petits curieux du label Now Again, qui passent leur temps à dénicher, dépoussiérer, et dévoiler pour nos oreilles occidentales des perles d’un autre monde, d’une autre époque, de ce qu’on pourrait bêtement appeler de la world music.

Si l’on peut aujourd’hui écouter Kourosh Yaghmaei, c’est principalement parce que ce label a sorti un Best Of de l’artiste en Juin dernier : Back From The Brink.




Merci.



Pour finir, et pour rester sur ce goût épicé de contestation, je vous conseillerais d’écouter l’artiste en lisant Persepolis de Marjane Satrapi.

Et si vous êtes capables de le faire, toute improbable cette action fusse-t-elle, vous pouvez aussi écouter Kourosh Yaghmaei en regardant les Chats Persans de Bahman Ghobadi. Sorti en 2009, ce film raconte l’histoire de deux jeunes (jouant leur propre rôle) qui tentent de monter un groupe de rock à Téhéran, enfreignant par cela la loi.

Si vous voulez rester dans le même univers, je vous conseille aussi de regarder le magnifique film d’Asghar Farhadi, Une Séparation, sorti en 2011. Il a remporté de nombreux prix, dont le César du meilleur film étranger et l’Oscar du meilleur film en langue étrangère. Il raconte l’histoire tumultueuse d’une famille de Téhéran.









* : Du moins dans les années 1970, avant la construction de la banlieue de Téhéran à partir des années 1980.

1 Commentaire(s)

Sushi 5 avril 2012 18:16

Enorme ton article Julie !

 

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